Le Plus - page 3

«On voit la dégradation de la si-
tuation et on se dit qu’il faut mul-
tiplier les actions tout au long de
l’année. L’objectif est surtout d’in-
vestir davantage la sphère politique
et publique, en parlant de pauvreté,
et de solutions », explique Nicolas
Luppens, coordonnateur du Groupe
Actions Solutions Pauvreté (GASP) et
membre du comité Stop pauvreté.
Le comité, composé d’organis-
mes communautaires et de la santé,
organise notamment la Journée in-
ternationale pour l’élimination de
la pauvreté de ce vendredi 17 oc-
tobre. En plus de la préparation de
la marche dans les rues de Granby,
le groupe ouvre le bal en lançant la
campagne Stop pauvreté qui invite
la population à porter un logo de la
forme d’un stop ce jour-là. Toutes
ces activités ont pour objectif de
sensibiliser les décideurs et la popu-
lation. «Ça donne une tribune pour
parler de la situation locale », indi-
que le coordonnateur du GASP.
Une situation réelle
La pauvreté est une situation
bien réelle en Haute-Yamaska.
Quelque 10 700 personnes vivent
en situation de pauvreté dont le
seuil est estimé à 20 000$. De ce
nombre, quatre personnes sur
10 personnes ont un emploi, tandis
que 50% ne sont pas en situation
de travailler.
Une personne qui travaille à
temps plein au salaire minimum
vit sous le seuil de la pauvreté, in-
dique M. Luppens. «Collectivement,
on accepte de vivre dans la pau-
vreté, parce qu’on accepte que le
salaire minimum soit sous le seuil
de la pauvreté. C’est le gouverne-
ment qui l’établit. C’est vraiment
déplorable. »
« Le préjugé que j’entends le plus
souvent c’est “il a juste à se trouver
un
job
”, rapporte M. Luppens au su-
jet des prestataires de l’aide sociale.
Si c’était si simple que ça, le pro-
blème serait déjà réglé.» Les femmes
sont plus vulnérables à la pauvreté,
précise-t-il au passage, notamment
les mères monoparentales.
Les besoins sont criants dans la
région. Le manque de logements
sociaux, dont l’offre devrait être
doublée pour répondre à la de-
mande, le nancement inadéquat
en aide alimentaire ainsi que pour
les organismes qui travaillent en
itinérance gurent sur la liste. Pas
surprenant quand on sait que le
Partage Notre-Dame connaît une
augmentation annuelle de 15% du
nombre de repas servis. Chez SOS
Dépannage, l’augmentation des
demandes a grimpé à 39% en une
seule année.
«Pour une dame comme Jacinthe
(
voir autre texte
) qui tombe dans la
pauvreté, puisqu’il n’y a pas de liste
d’attente pour obtenir un logement
social, c’est très dur de s’en sortir. Et
les coupures à Emploi-Québec, ce
n’est pas vrai que ça n’a pas d’impact
parce que la durée de traitement s’est
allongée. Ça crée des dif cultés», in-
dique M. Luppens.
«Les gens qui n’ont pas accès au
logement social et qui gagnent 600$
ou 700$ parmois n’arrivent pas, ren-
chérit Jocelyn Roy, coordonnateur
de l’Azimut et membre du comité
Stop pauvreté. Plus on coupe, plus
on provoque de la pauvreté. Plus on
en provoque, plus ça crée des frais.
Et on ne parle pas de judiciarisation.
Les gens qui ont faimsont prêts à faire
n’importe quoi pour manger. Il faut
que tout lemondemange et ait un toit
sécuritaire pour dormir la nuit, ce qui
n’est pas le cas de tout le monde.»
Une question de solidarité
L’intervenant est en faveur de la
création de logements supervisés à
Granby offrant un programme de
réinsertion sociale professionnelle,
comme c’est le cas à Sherbrooke. «Il
y a un personnel d’intervention qui
coache
, qui aide la personne. Elle n’a
ainsi pas à se soucier de ses besoins
de base, donc elle peut mobiliser
plus d’énergie pour se remettre en
marche, chercher de la formation»,
dit-il.
Les citoyens qui veulent participer
aumouvement pour l’élimination de
la pauvreté sont invités à la marche
qui aura lieu ce vendredi, à 13h30,
à partir du parc Victoria à Granby
ainsi qu’à la Nuit des sans-abri, à
compter de 18 h, devant l’église
Notre-Dame.
«On se fait souvent dire que le
Québec est un des pays les plus riches
dumonde. Ce n’est pas normal qu’on
n’assure pas unminimumà ceux qui
en ont besoin. C’est une question de
solidarité, dit M. Luppens. Lamarche
et la Nuit des sans-abri sont des fa-
çons de connaître les ressources et
de lancer lemessage que les préjugés
à l’égard des personnes qui vivent
dans la pauvreté sont inacceptables.
Ça ne devrait pas se passer encore
en 2014.»
COMITÉ STOP PAUVRETÉ
L’élimination de la pauvreté : un travail à l’année
Karine
Blanchard
P
lus de 10 000 personnes vivent en situation de pauvreté en Haute-
Yamaska. De ce nombre, quatre sur dix sont des travailleurs. Et
la situation est loin de s’améliorer. Le comité Stop pauvreté a vu
son mandat s’élargir en devenant la vigile, à l’année, pour à la lutte à
la pauvreté dans la région.
PHOTO
J
ANICK
M
AROIS
Le comité Stop pauvreté est devenu une vigile à l’année pour la lutte à la pauvreté. Plusieurs organismes sont membres, dont
Claudia Berthiaux, d’Entr’elles, Nicolas Luppens, du Groupe Actions Solutions Pauvreté, et Jocelyn Roy, de l’Azimut.
« Il n’y a pas une journée que je
ne me demande pas si je vais arri-
ver à tout payer. Ma vie se compte
en sacs de lait. Tout est compté, ra-
conte la Granbyenne de 36 ans. Je
suis une mère monoparentale qui
s’occupe d’un enfant autiste. C’est
ça ma vie. »
Assise à la table de sa modes-
te salle à dîner, la mère raconte
ouvertement les événements qui
ont chamboulé sa vie et qui l’ont
entraînée dans la pauvreté. Cette si-
tuation, qu’elle décrit comme étant
« intense » n’a pas toujours été son
quotidien. La maison et la voiture de
l’année dans la cour sont des choses
qu’elle a déjà connues.
Des relations amoureuses mal-
saines, une faillite personnelle et un
séjour à la maison Alice Desmarais
pour femmes victimes de violence
conjugale sont venus modi er son
parcours. Comme son ls de deux
ans et demi vient de recevoir un
diagnostic du trouble du spectre de
l’autisme, elle a dû quitter son em-
ploi pour en prendre soin.« Ça fait
deux ans et demi que je vis ça », ré-
sume la Granbyenne, prestataire de
l’aide sociale depuis le printemps.
Des délais angoissants
Même si des sommes totalisant
1480$ lui sont versées mensuelle-
ment, c’est loin d’être suf sant pour
joindre les deux bouts, fait valoir celle
qui est nutritionniste de formation.
Elle reçoit désormais de la nourri-
ture de SOS Dépannage. Elle visite
les nombreuses épiceries à la recher-
che d’aubaines. À cela s’ajoutent les
dépenses pour les couches, le loyer,
l’électricité, etc.
Lorsqu’elle a déclaré faillite, des
imbroglios dans le traitement de
son rapport d’impôts ont eu des
conséquences sur le versement de
son crédit de solidarité sociale. «On
ne m’avait pas dit qu’il y avait des
délais supplémentaires pour des
véri cations aux ns d’impôts. Ils
m’ont coupé le crédit de solidarité
sociale pour des impôts non traités»,
explique-t-elle.
Jacinthe Brodeur déplore d’ailleurs
les délais d’attente engendrés lors
d’une demande pour obtenir de
l’assurance chômage ou de l’aide
sociale. «Quand on est rendu à faire
une demande d’aide sociale, on a
déjà la corde au cou. On n’a plus vie.
On n’a plus rien. L’attente n’est pas
nécessaire. J’ai passé 30 jours sans
un sou qui entrait», dit-elle, en ajou-
tant qu’il est dif cile d’obtenir des
informations dans le cheminement
des demandes.
Et lorsqu’aucun revenu n’entre,
les retards s’accumulent, explique
la femme également atteinte de la
maladie de Crohn. «Pendant les se-
maines d’attente, je n’ai pas payé
mon loyer. J’ai déjà eu deux mois de
retard. Je ne le fais plus, parce que tu
vis pris à la gorge.» Qui plus est, elle
attend depuis près d’un an que son
allocation pour enfant handicapé
lui soit versée. Bref, son quotidien
est la plupart du temps un véritable
casse-tête.
«Ne vous cachez pas ! »
La maman, qui obtient le soutien
d’une intervenante dans ses diver-
ses démarches, a récemment eu une
bonne nouvelle. Son ls a obtenu une
place en garderie. Elle patiente tou-
tefois pour pouvoir pro ter d’autres
services adaptés aux besoins de son
enfant. Jacinthe Brodeur a également
pu obtenir un plan budgétaire pour
le paiement de son électricité. Elle
qui désire réintégrer le marché du
travail éventuellement, suggère aux
personnes qui vivent la même si-
tuation qu’elle d’oser demander de
l’aide auprès des ressources disponi-
bles. Et surtout, dit-elle, il faut cesser
d’avoir honte. «Ne vous cachez pas.
Criez-le au monde entier que vous
êtes dans la misère. Il faut que ça
change, clame-t-elle. Peu importe
la situation dans laquelle vous êtes,
quelqu’un vous tendra la main. Il
faut arrêter d’avoir honte. On n’a pas
choisi d’avoir cette vie-là. »
Vivre quotidiennement sous le seuil de la pauvreté
L
e quotidien de Jacinthe Brodeur ressemble à celui de plusieurs
femmes monoparentales qui vivent sous le seuil de la pauvreté. Sa
vie, dit-elle, est axée sur son ls qui souffre du trouble du spectre
de l’autisme. Une réalité qu’elle doit conjuguer à un système parfois
plus que complexe.
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A
LAIN
D
ION
Le quotidien de Jacinthe Brodeur est un véritable casse-tête.
Karine Blanchard
MERCREDI 15 OCTOBRE 2014 -
LA VOIX DE L’EST PLUS
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