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Isabelle Gaboriault

isabelle.gaboriault@hebdoleplus.qc.ca

Fin novembre se tiendra la Jour-

née internationale pour l’élimi-

nation de la violence à l’égard des

femmes. Sensibles à la cause, qua-

tre tatoueurs du Tattoo Shop de

Granby ont décidé d’organiser un

événement marquant.

Les mercredi et j eudi 25 et

26 novembre, ils accueilleront les

gens prêts à se faire tatouer un

signe bien précis en guise de sou-

tien, de protestation et de dénon-

ciation. Pour chaque tatouage

produit (60 $), 30 $ seront remis

à la Maison Alice Desmarais, un

organisme de Granby qui vient

en aide aux femmes, avec ou sans

enfants, victimes de violence

conjugale.

C’est Alexandre Bégin, tatoueur,

dont la conjointe a déjà eu à faire

appel à la Maison Alice Desmarais

lors d’une relation précédente, qui

a parlé de l’idée à ses collègues du

Tattoo Shop.

Une initiative qui réjouit bien sûr

la directrice de la maison d’héber-

gement fondée en 2006. Chaque

année, la Maison Alice Demarais

tente de rejoindre les témoins et les

proches de femmes pouvant être

victimes de violence conjugale.

Ainsi, ils approchent les coiffeurs,

les esthéticiennes, les pharma-

ciens, voire les vétérinaires, pour

parler du phénomène avec eux.

«Tous ces professionnels reçoivent

des confidences, souligne Carmen

Paquin. Le milieu des tatoueurs

n’était pas dans nos plans, mais ça

a fait son chemin. C’est un groupe

très intéressant qui établit un lien

de confiance avec sa clientèle. »

Un dépliant produit par l’orga-

nisme a été développé justement

pour accompagner tous ces gens

qui œuvrent dans le public pour

qu’ils développent une attitude

aidante. « Souvent, les gens se

sentent impuissants », ne cache

pas M

me

Paquin. Ils doivent sim-

plement écouter sans juger, poser

des questions, respecter le rythme

de la personne et, si l’occasion se

présente, parler des ressources qui

existent dans le domaine.

La directrice de la Maison Alice

Desmarais applaudit l’implica-

tion des tatoueurs du Tattoo Shop.

« C’est beau de voir cette gang de

gars dénoncer la violence faite aux

femmes, insiste-t-elle. Certains

sont touchés personnellement,

mais tous acceptent de s’exposer,

de passer à l’action. C’est une très

belle initiative. »

Des gars impliqués

Déjà impliqué dans le projet

point-virgule, il était tout naturel

pour Alexandre Bégin de faire sa

part pour une autre cause qui lui

tenait à cœur. Le projet point-vir-

gule (

Project Semicolon

), lancé

aux États-Unis en 2013, invite les

personnes souffrant de dépression

ou ayant des pensées suicidaires à

se faire tatouer un point-virgule

à l’intérieur du poignet. Ce signe

symbolise la vie qui se poursuit,

alors qu’elle aurait pu se terminer

se façon dramatique.

«Ce n’est pas juste une question

de faire un don pour la cause, insis-

te le grand gaillard de 27 ans. C’est

aussi de dénoncer, car il y a un vrai

problème (de violence faite aux

femmes) et il faut que ça se règle. »

Le tatouage proposé dans le

cadre de la Journée internatio-

nale pour l’élimination de la vio-

lence faite aux femmes se résume

au signe qui représente le genre

féminin : un rond avec une croix

vers le bas, qui évoque également

la déesse de l’amour. C’est subtil,

fait remarquer le tatoueur, et les

gens peuvent choisir de le porter

là où ils le veulent.

«Ma fiancée a été victime d’abus

et elle a eu recours aux services

du CALACS, raconte pour sa part

Laurent Lajeunesse, un tatoueur

d’expérience qui participe au pro-

jet. Ça me fait chaud au cœur de

voir à quel point les gars s’impli-

quent. Ça n’a pas de bon sens de

voir toutes ces formes d’abus dont

sont victimes les femmes. »

Maxime Corriveau et Steven

Griggs, deux autres tatoueurs du

Tattoo Shop, propriété de Louis-

Philippe Racine, sont également

de l’aventure.

« Je suis quelqu’un qui aime faire

sa part pour la société, souligne

Maxime, en plein travail. Je suis

juste déçu de ne pas avoir eu l’idée

avant Alex ! »

Comme le fait remarquer Ste-

ven, tout le monde connaît, de

près ou de loin, une femme qui a

été victime d’abus ou de violence.

D’ailleurs, dans leur métier, il n’est

pas rare qu’ils soient les premiè-

res personnes à qui des victimes

dévoilent leur secret. «On entend

toutes sortes d’histoires, dit-il. On

fait un

job

très libérateur. On écou-

te, mais là, on voulait pousser un

peu plus loin. »

Du coup, les artistes espèrent que

le vent tourne en ce qui concerne

la perception que certaines per-

sonnes peuvent avoir envers

eux. « On veut montrer qu’on a

du cœur et une sensibilité, insis-

te Alexandre, conscient que son

apparence peut en intimider plu-

sieurs. On est loin du temps des

bikers

qui, quand ils tombaient

sur une aiguille, décidaient de se

tatouer une tête de mort ! On est

des artistes. »

«Partout où on va, on se fait dévi-

sager, poursuit-il. On aime l’art, le

dessin. On est des êtres sensibles

et on veut faire notre part pour de

bonnes causes. »

Les gars du Tattoo Shop sont

fébriles à l’idée de voir l’ampleur

que prendra leur initiative. Si c’est

un succès, ils se disent déjà prêts

à reconduire la formule l’an pro-

chain, pour une autre cause qu’ils

ont de tatouée sur le cœur.

Quatre gars autour d’une cause

Maxime Corriveau, Alexandre Bégin, Steven Griggs et Laurent Lajeunesse, tatoueurs au Tattoo Shop, organisent deux jours de tatouage dans le cadre de la Journée internationale pour l’élimination

de la violence à l’égard des femmes.

—photoAlain DIon

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mercredi 7 octobre 2015

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