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Isabelle Gaboriault

isabelle.gaboriault@hebdoleplus.qc.ca

Le transfert d’agents administra-

tifs du Centre local d’emploi de la

Haute-YamaskadeGranby vers les

bureauxdeSaint-Hyacintheen2016

inquiète les représentants d’orga-

nismescommunautairesdelarégion

qui travaillent avec une clientèle

bénéficiairede l’aide sociale. Cette

réorganisationaugmentera les dé-

laisdansletraitementdesdossiers,

fustigent-ils.L’éloignementviendra

aussi compliquer les choses pour

cetteclientèledéjàvulnérable,tout

en augmentant la chargede travail

d’organismes pour qui la tâche est

déjàlourdeencequiconcerneletrai-

tementdedemandesdeprestations

dedernier recours.

Dans le but de faciliter l’organisation

du travail et d’améliorer la gestion

des dossiers, cinq agents adminis-

tratifs et leur chef d’équipe quitte-

ront le Centre local d’emploi (CLE)

de la Haute-Yamaska de Granby

pour s’installer dans les bureaux

du service situés à Saint-Hyacin-

the. Des changements qui, selon

DavidMckeown, porte-parole pour

Emploi-Québec, n’auront pas d’im-

pact sur la clientèle. « Il n’est pas

question de fermeture et des gens

vont continuer de travailler au CLE

de Granby», dit-il. Les gens transfé-

rés, ajoute-t-il, n’ont pas de contacts

avec la clientèle. «Ils travaillent dans

le traitement des dossiers, souligne

M. Mckeown. Ce regroupement vise

à répondre aux demandes encore

plus efficacement.»

Une explication loin de convain-

cre les représentants du Groupe

Actions Solutions Pauvreté (GASP),

de l’ACEF Montérégie-Est, du Pas-

sant et du Partage Notre-Dame, qui

ont convoqué les médias récem-

ment. « Il va y avoir tout un défi de

soutien, estime Nicolas Luppens,

coordonnateur du GASP. Locale-

ment, il y aura des enjeux. »

L’heure est d’ailleurs à l’inquié-

tude au Partage Notre-Dame qui,

dans le cadre du Plan d’action pour

la solidarité et l’inclusion sociale

(PARSIS), a dûmettre les bouchées

doubles pour aider les personnes à

remplir leurs formulaires et répon-

dre aux demandes de vérification

à l’aide sociale. Une intervenante

supplémentaire est venue en aide

au service d’aide et de référence de

l’Azimut. Toutefois, le projet étant

terminé, l’organisme entrevoit dif-

ficilement comment il sera possible

de répondre aux demandes prove-

nant des prestataires de l’aide socia-

le, dans un contexte où celles-ci ont

doublé depuis septembre 2015. Le

départ de l’équipe administrative

du CLE vers Saint-Hyacinthe fait

craindre à Julie Rivet, coordonna-

trice du Partage Notre-Dame, une

hausse supplémentaire des deman-

des de soutien.

«Et je fais quoi si je suis obligée de

réduire aumaximum? , lance-t-elle,

déchirée. Je devrai couper un servi-

ce. Jen’aurai pas le choix. On porte le

service à bout de bras et on ne four-

nit pas. Le besoin est là ! »

« Ça va être encore plus compli-

qué pour la personne qui attend

son chèque, regrette Roger Lafran-

ce, coordonnateur de l’ACEF Mon-

térégie-Est et président du GASP.

Une classe de personnes pour qui

c’est déjà difficile. On craint des

délais supplémentaires. »

Des économies qui se feront,

encore une fois, sur le dos de gens

déjà dans une situation de gran-

de vulnérabilité, déplore Nicolas

Luppens.

« On éloigne les services gou-

vernementaux de la frange la plus

vulnérable de la population, note

Roger Lafrance. Celle qui est sou-

vent aux prises avec des probléma-

tiques autres que le budget, comme

la difficulté à lire, à avoir un accès à

un téléphone ou à Internet, ou qui

vivent des défis liés à l’organisation

personnelle. »

«Remplir les demandes de pres-

tation et rapailler toute la paperasse

nécessaire est difficile, même pour

une personne éduquée et scola-

risée. Imagine..., fait remarquer

Mélanie Tétreault, qui s’occupe

du Programme de soutien à l’aide

sociale auPartageNotre-Dame. Plu-

sieursme disent que sans notre aide,

ils auraient abandonné les démar-

ches. Des fois, il (le gouvernement)

demande des choses impossibles. Il

peut même remonter jusqu’à deux

ans en arrière. Pour la personne aux

prises avec, par exemple, des problè-

mes de santémentale, c’est difficile.»

Ce à quoi le porte-parole d’Em-

ploi-Québec, rappelle qu’un grand

pourcentage de la clientèle gère

leurs dossiers par téléphone, rappe-

lant que des employés seront tou-

jours présents au bureau de Granby

pour accueillir les gens.

Concertation

Les organismes communautaires

de la région envisagent maintenant

de faire front commun pour trou-

ver des solutions. «On a quelques

idées, ne cache pas le coordonna-

teur du GASP. Nous ferons ça de

concert avec les différents acteurs du

milieu concernés. Il faut voir com-

ment nous travaillerons ça, dans un

contexte où les finances diminuent

aumême rythme que les demandes

augmentent...»

Mutations au Centre local d’emploi de la Haute-Yamaska

Un transfert qui dérange

Nicolas Luppens, coordonnateur duGASP, Roger Lafrance, président duGASP

et coordonnateur de l’ACEFMontérégie-Est et Steve Bouthillier, directeur du

Passant, craignent que le transfert d’agents administratifs du Centre local

d’Emploi de la Haute-Yamaska vers Saint-Hyacinthe ne rendent plus vulnéra-

bles des gens déjà en grandes difficultés.

—photo JanickMarois

L’adoption, le mardi 10 novem-

bre dernier, du projet de loi

70 par le ministre de l’Emploi Sam

Hamad, qui restreint désormais

l’obtention à l’aide sociale, a fait

bondir les représentants d’organis-

mes communautaires de la région

dont la clientèle bénéficie de l’aide

de dernier recours. «À quoi sert le

gouvernement ? , demande Roger

Lafrance président du GASP et

coordonnateur de l’ACEF Monté-

régie-Est. Il doit s’occuper d’offrir

des services, de les gérer de façon

efficace et de protéger les plus fai-

bles. Là, on assiste au fait qu’il offre

moins de services, ce qui n’a aucun

maudit bon sens ! Ça va mettre

plus de gens à la rue. »

Selon M. Lafrance, l’obligation

pour ceux qui frapperont à la porte

du programme de dernier recours

pour la première fois d’accepter

un emploi « convenable » dans un

rayon de 300 kilomètres sous peine

de subir des conséquences mettra

plusieurs personnes « encore plus

dans le trouble ». « On verra plus

d’itinérance, plus de gens en situa-

tion de vulnérabilité », fustige-t-il.

Qu’est-ce qu’un

job

convenable ?

, se questionne pour sa part Nico-

las Luppens, du GASP. En 1995,

478 000 ménages québécois pro-

fitaient du programme de dernier

recours, illustre-t-il. En 2014, ce

nombre est passé à 323 000, une

baisse d’environ 33 %. « Ça veut

dire que des mesures efficaces ont

été mises en place, non ? , fait-il

remarquer. Avec ce projet de loi,

nous allons voir encore plus de

précarité, surtout chez ceux déjà

dans le processus de défiliation

sociale. »

Selon le ministre Hamad, cet-

te approche fera en sorte que

85% des 17 000 nouveaux deman-

deurs ne toucheront pas à l’aide

sociale, produisant du coup

des économies de l’ordre de

50 millions $ par année.

Une approche punitive, consi-

dère Nicolas Luppens, qui espère

voir le vent tourner, comme dans

le passé où ce genre de mesure a

été mise en place.

«Mais d’ici là, ça nous fait pom-

per ! », insiste Roger Lafrance.

Isabelle Gaboriault

Un projet de loi qui passe de travers

P14

mercredi 18 novembre 2015

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