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ISABELLE GABORIAULT

isabelle.gaboriault@hebdoleplus.qc.ca

«La vie est trop belle pour ne pas

avoir d’enfants!», a lancé un jour

Louis Brenn. Et quand celle-ci fait

obstacleànos rêves, dessolutions

existent. C’est ainsi que lui et sa

femme, IsabellePotvin, ontdécidé

desetournervers l’adoption inter-

nationale. Ilsallaient accueillirune

fratrie de deux à quatre enfants

de à ans venue de l’Ukraine.

Depuis un mois, Katherina, Ser-

gei, Constantin et Yaroslav font le

bonheurducoupleconcentréàleur

construireunniddouillet fondésur

l’amour inconditionnel.

Dans leur grande maison fraî-

chement rénovée — un énorme

dégât d’eau les a surpris juste avant

leur départ pour Kiev alors qu’ils

venaient de tout restaurer en vue

de l’arrivée des enfants —, Isabelle

et Louis parlent de leurs trois fils

et de leur grande fille comme s’ils

avaient toujours fait partie de leur

vie. Seuls les mots russes insé-

rés ici et là dans les conversations

nous rappellent l’origine des quatre

enfants. Du côté des petits comme

celui des parents, chacun a appris

environ 300 mots de base dans la

langue de l’autre, histoire de faciliter

les échanges. «Lamagie a opéré, se

réjouit Isabelle, travailleuse sociale

et psychothérapeute. Tu vas voir,

certains me ressemblent ! »

Tous blonds comme leur mère,

il est vrai que Katia, 10 ans, Sergei,

7 ans, Costia 4 ans, et Yari, 3 ans,

peuvent avoir des airs de famille.

Pour la rencontre avec l’hebdo

Le

Plus

, Costia, pour faire comme son

papa, portait sa belle cravate.

« Ce sont nos enfants, marque

Isabelle. Dès le début pour nous,

ils étaient nos enfants, dans notre

tête et dans notre cœur. »

Un grand bonheur qu’ils doi-

vent en partie à leur fille, car en

Ukraine, il revient à l’aînée de la

fratrie de donner son accord pour

que tous soient adoptés. Il reve-

nait donc à Katherina, surnom-

mée Katia, d’accepter qu’elle et

ses frères refassent leur vie au

Canada. Les quatre enfants ont

été retirés de leurs parents biolo-

giques pour cause de négligence

morale et sociale.

De leur côté, Isabelle et Louis,

de Waterloo, ont voulu adop-

ter une fratrie, entre autres par-

ce que ce geste répondait à des

valeurs sociales chères à leurs

cœurs. Ils étaient même prêts

à risquer leur vie pour mener à

bien leur projet. Pendant leur

séjour en Ukraine cet été, la zone

de conflit était souvent active, ce

qui a souvent eu un impact sur

leurs horaires de visite à l’orphe-

linat où vivaient les petits.

Après des semaines d’adapta-

tion, de paperasse, d’apprivoise-

ment mutuel, d’attente, de jeux,

de surprises, de découvertes, de

questionnements, de rendez-

vous, les parents et leurs enfants

sont arrivés à Waterloo en octo-

bre dernier.

À cheval sur son nouveau vélo

à son arrivée, Katia a permis à la

famille finalement réunie de faire

une petite visite des alentours.

ADAPTATION

Depuis, leur découverte du Qué-

bec, de leur maison et de leurs

parents se fait par le bricolage, les

jeux à l’extérieur, les soupers en

famille, bref dans le train-train quo-

tidien. L’heure est à l’adaptation.

« Ils s’enracinent dans leur lien de

sécurité, explique Isabelle, qui aura

40 ans enmars. Les soins, c’est nous

qui leur donnons. Nous les prenons,

leur donnons de l’affection, leur

enseignons des mots, ce qui est le

rôle d’un parent ! Ils ne reçoivent

pour l’instant d’éducation de per-

sonne d’autre. »

Par exemple, juste pour la routine

du dodo, le couple doit prévoir en

moyenne trois heures chaque soir.

À tour de rôle ils bordent, bercent

et massent leurs amours. Ils leur

racontent des histoires. Le tout pour

les sécuriser et créer le lien d’atta-

chement. «Mettons que ça oblige à

laisser aller des morceaux ! », lance

Louis, en riant. Lui et sa conjointe

sont à des lunes de s’en faire avec

la poussière de rénos qui pourrait

se trouver sur le plancher de la

cuisine ou les poils laissés ici et là

par Chika, leur chien, ou Margari-

ta et Loulou, les deux chattes de la

maisonnée.

« Les enfants sont très actifs et

créatifs, dit Isabelle. Ce sont des

producteurs de dessins à l’infini ! »

Si tout va bien, Katia et Sergei, les

deux plus vieux, commenceront

l’école en janvier. D’ici là, Louis, 35

ans, profite d’un congé parental et

Isabelle prévoit travailler à temps

partiel dans son bureau attenant à

la maison familiale.

« Ils sont l’

fun

à connaître », dit la

maman.

« Notre sentiment est de les

connaître depuis toujours, pour-

suit Louis. Ils sont là, et c’est tout.

J’ai hâte de voir comment ils seront

à l’école. Là, on veille simplement

à être ensemble, à mettre en place

des règles de vie. »

Une vie de famille qui s’installe

dans la douceur grâce à l’aide géné-

reuse des proches et des ami(e)s du

couple Brenn/Potvin. Grâce à des

plats prêts à mettre au four, Louis

peut, par exemple, jouer au baseball

dans la cour avec ses enfants sans

avoir à penser à la planification des

repas. «On est bien entourés », se

réjouit Isabelle.

Ainsi, pour lui faciliter la vie, la

famille Brenn a reçu des vêtements,

des jouets et de l’argent.

Ce qui manquerait, souligne

la maman, ce sont des équipe-

ments de sports d’hiver en bon état

(patins, traîneaux, skis, raquettes,

etc.) et des soins. «Par exemple, une

visite chez le dentiste, l’optométris-

te, le chiro ou le physio, énumère-

t-elle. Ce sont des enfants qui ont

été violentés, alors ces soins pour-

raient leur faire un très grand bien.»

Pour joindre Louis Brenn et Isabelle

Potvin, il est possible de leur écrire

au

brennlouis@gmail.com

Katherina (Katia), Louis Brenn, Constantin (Costia), Sergei, IsabellePotvin et Yaroslav (Yari), le chienChika et la chatte

Margarita forment la famille Brenn. Occupée ailleurs aumoment de prendre la photo, la chatte Loulou.

L’heure de la collation.

PHOTOS JULIE CATUDAL

Le quadruple

bonheur de la famille

Brenn/Potvin

P

MERCREDI NOVEMBRE

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